Le billet de Jean : le retour

Billet n°2 : Pages roses.     30 avril 2015

            Pouvez-vous imaginer l’angoisse qui naît dans le tréfonds des entrailles de l’apprenti- parachutiste quand la porte de l’avion s’ouvre devant lui et qu’il fait face au vide pour la première fois ? Elle est certainement équivalente à celle de Marcel Clampin, debout sur le parapet du viaduc de Cluis, les pieds attachés à un très long élastique, s’apprêtant à se jeter tête la première pour s’affranchir d’un pari avec les copains. Pas très différente non plus de celle de Ginette, femme de Marcel, sanglée sur son siège, parée pour un vol d’initiation à l’acrobatie aérienne qu’elle a gagné à la tombola de l’amicale des anciens du lycée. Comme elle doit ressembler à celle du spéléologue un tantinet dodu, engagé dans un boyau étroit, dont la lampe frontale tombe brusquement en panne à l’entrée d’une chatière minuscule jamais empruntée auparavant. Toute ces craintes émergent d’une même source : l’ignorance du neuf, du nouveau, de l’inédit, de l’inexploré. Ces émotions jaillissant du méconnu qui surgit devant soi, se traduisant par une envie pressante de dire « stop !», « je n’ai plus envie !», « je ne joue plus ! » Ce nœud dans l’estomac qui affole le souffle et enfièvre le cœur, cette bouffée de détresse qui bouscule l’instant, cette frousse qui émousse la vue, cette trouille qui embrouille l’écoute, cette alarme qui désarme le calme. Bref, cette circonstance, ici et maintenant, dans laquelle la raison perçoit que l’effluve émotive va venir gâter le contrôle de soi. C’est le frisson fébrile, fin ferment de forfait falot ou de fuite fofolle. Flamber ou faillir ? Fierté ou fugue ? Vais-je dompter ma peur ou tout lâcher, tout gâcher ? Et puis, en apaisant ses émois, la lucidité peut calmer la fébrilité, la maîtrise terrasser la couardise, la sapience dompter la turbulence. La pratique sportive est génératrice de ces sensations qui allient stress et plaisir, appréhension et vibration, hésitation et jubilation. C’est l’attente pesante d’avant-match, la légitime inquiétude des vestiaires qui sécrète ces sentiments de doute devant l’inédit qui va survenir. Moments intenses et subtiles où le trouble né des pensées subversives sur sa propre compétence tente de déstabiliser la confiance en soi. Et bien, chaque semaine, pour mon billet d’humeur, devant ma feuille blanche, j’éprouve ce même type d’émoi appelé du mot barbare de leucosélophobie. Pour l’étouffer dans l’oeuf, Philippe Bouvard, le célèbre humoraliste (comme il se définit) n’écrit que sur des pages… roses. Dorénavant, par mimétisme et en écho dans le Berry, j’essaie cette couleur, celle du Stade Français Rugby.

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