Le billet de Jean : le retour

Billet n°7:  Philippides* revisité.     25/10/19

La barrière mythique des deux heures au marathon brisée : l’athlète kenyan Eliud Kipchoge a couru les 42,195 km en 1h 59′ et 40″. Exploit hors norme, truc d’extra-terrestre, prodigieuse prouesse. Bien sûr, Clampin n’en mesure pas la portée. Courir 2’50″ par kilomètre quarante-deux fois de suite ne lui provoque pas la moindre étincelle neuronale, pas le plus petit courant synaptique, pas la moindre onde du liquide céphalo-rachidien. Sa seule épreuve physique est sa rituelle tournée (au sens propre) du jeudi matin autour de la place de la mairie (250 m au pif) : boulange-bistrot-PMU pour acheter sa baguette et l’Écho du Berry, valider son ticson du tiercé et boire l’apéro, avant le retour à la case départ, chez Ginette pour le déjeuner. Le chrono : 2h 12 par vent calme. Alors, pensez donc, le marathon est à mille lieues de ses préoccupations. Il a quand même regardé le reportage sur cet exploit à la téloche, aux infos du « 13 Heures ». Et il s’est comporté comme tous les pisse-vinaigres, les recalés de la perf, les dispensés des cours de gym au bahut qui, unanimes dans leurs commentaires fielleux et venimeux, parlent d’un truc surtout médiatique et technologique, sans plus de chaleur. D’accord, la préparation a été très méthodique, scientifiquement élaborée. Tout était programmé : l’asphalte du parcours roulant comme un billard et 41 lièvres (à la chasse… au record), répartis par peloton de sept, se relayant tous les cinq kilomètres, faisant rempart contre le vent et suivant une voiture ouvreuse dont le laser vert imprimait sur le sol la cadence à suivre. Sans oublier, son équipementier qui a conçu et confectionné des pompes à la technologie révolutionnaire paraît-il, avec des semelles permettant de restituer l’énergie de l’impact au sol à chaque foulée. Holà ! les pisse-froids, les climatiseurs d’ambiance, cachez votre joie ! Il y avait quand même des pieds dans les godasses et au bout des pieds, en remontant, un gazier qui mettait tout son cœur et sa volonté à suivre le tempo imposé. Un mec qui s’est coltiné un rythme de course ahurissant, absolument irréel pour Clampin et consorts. Demandez donc à Marcel si, chaussé avec ces basquettes futuristes, il battrait son record du tour de la place de la mairie. Kipchoge s’est entraîné des mois durant pour supporter cette épreuve à la frontière des possibilités humaines. Il avait même échoué sur une première tentative. Mais il voulait absolument marquer l’histoire de l’humanité. C’est fait et très bien fait ! Que les réfractaires du STO (sourire, tolérance, optimisme) aillent jouer à la marelle dans la cour des yakafaucons. « Aucun pessimiste n’a jamais découvert le secret des étoiles, navigué jusqu’à des terres inconnues, ou ouvert un nouveau chemin pour l’esprit humain. » écrivait Helen Keller. Alors, applaudissements nourris pour l’artiste Kipchoge, siouplait ! Il les mérite.

*En 490 avant JC, Philippides courut demander de l’aide aux Spartiates depuis Marathon. 

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