Le billet de Jean : le retour

Billet n°4 : Chérir l’amer  17/11/2016

Le mythique Vendée Globe (un bateau, un homme, un tour de monde) est, sans aucun doute, une fantastique aventure moderne. La 8ème édition est à la hune car elle vient de larguer les amarres, il y a une petite dizaine de jours. Qui n’aimerait pas embarquer pour cette superbe croisière et mettre les voiles pour une bourlingue de 80 jours ? Il y a de quoi pavoiser à l’arrivée. Le décor ? Une virée océanique de 25 000 milles pendant trois mois sans escale. La machine ? Un voilier de 18 m, avec une cabine qui doit bien faire dans les… 7-8 m2, ce qui lui confère un confort d’habitation aussi douillet que celui d’un tambour de machine à laver en mode  »essorage ». En cause les chocs des vagues contre la coque en carbone, enrichis du barouf assourdissant fait des craquements de la structure en souffrance. Et en plus, une humidité permanente qui détrempe tout. Boire une tasse de café doit être aussi agréable que juché à califourchon sur le dos d’un buffle de rodéo. Quant à la bouffe, dans la cambuse tout est lyophilisé. Bonjour sveltesse ! Le bateau est équipé d’un mât haut comme un immeuble de dix étages permettant de hisser des voiles de 500 m2 (un terrain de basket). D’un quintal chacune, il convient de ne pas mollir pour la hisser à la force des bras, vrai boulot de galérien, et après veiller au grain. Avec une gîte continuelle, le skipper se déplace toujours en déséquilibre, dans l’habitacle ou sur le pont en se cognant partout, une ligne de vie accrochée à la ceinture au cas où il passerait par-dessus bord. Et les coups de tabac à affronter dans des eaux aux noms évocateurs comme les 50èmes hurlants. Des montagnes d’eau vertigineuses à escalader avant de surfer à donf, le trouillomètre bloqué sur zéro. C’est la baston en permanence pour tracer la route la plus rapide. La compétition imprime des cadences infernales pour régler la voilure. Pas de grasse mat. Les marins adoptent un sommeil spécifique (semblable à celui de Cro-Magnon aux aguets de tous les dangers depuis sa grotte) : 5 heures par journée, avec des cycles d’une heure maxi, couplés avec des assoupissements de 20 minutes et des mini-siestes de quelques secondes. Piloter ou se reposer, dormir ou manoeuvrer. Et quand c’est mal barré… D’ailleurs un danger possible est le manque de récupération qui entraîne une désorganisation de la mémoire, le skipper passant en mode  »poisson rouge ». Le pire ? Lorsqu’il  »voit » des sirènes sur le pont et entame une conversation… il est urgent d’aller dormir. La croisière ne s’amuse plus. Le vainqueur empochera 160 000 euros, soit 83 €/h pour 80 jours de mer, le 10ème se contentera au mieux de 5,20 €/h, une aumône pour miséreux mais le décor était magnifique non ? Goguenards, Benzéma, Pogba et Gobert pouffent comme des oufs affalés sur le rouf. « Homme libre, toujours tu chériras l’amer » écrirait aujourd’hui Baudelaire.

Pour vous inscrire aux compétitions vous devez vous enregistrer ou vous inscrire