Les beaux jours arrivent, l’entente cordiale aussi (suite)

Pour faire suite à notre premier épisode…

Nous voilà donc, mes deux co-compétiteurs et moi-même, embarqués derrière une triplette bigarrée dont l’un des joueurs semble être un musard standard, c’est à dire traînard, souvent grognard et/ou geignard, mais surtout qui se la joue peinard, hélas pour nous ! Je poursuis ma fine observation à visée prophylactique (je vous le rappelle) pour se prémunir, pour éviter la contamination et surtout alerter le champ des joueurs de golf alentour. Il convient de repérer et dénoncer les comportements fâcheux de ce spécimen qui lézarde tout flegme même le plus britannique, anéantit tout calme même le plus olympien et transmute la durée classique, normale, correcte pour effectuer un parcours de 18 trous en une désespérante éternité.

Le trou n°1 enfin achevé, que croyez-vous que fasse notre Musard (baptisons-le ainsi) ? Il musarde pardi. Au pied du drapeau qu’il vient de replacer tranquillou, il recompte ses coups en mimant les différents points de chute tandis que ses acolytes sont déjà parvenus au départ du 2. L’interjection sèche de mes compagnons de galère ne lui fait que peu d’effet : il se contente de revenir chercher son chariot qu’il avait négligemment laissé à l’entrée du green mais avec la tension de l’escargot en rut (petit rappel héliciculteur : durant cette bouffée hormonale, notre gastéropode rampant et bavant double sa tension qui passe de 1 à 2, c’est dire …). « Quelle purge ! » m’entends-je dire in petto (j’ai quelques remontées de latin, merci monsieur Gaffiot !). Trou n°2 : Musard s’est mis dans l’eau (je m’interdis de penser qu’il aurait mieux fait de se jeter à l’eau). Là, perplexe, dépité, il se demande où dropper, car sa balle aurait franchi une partie de l’obstacle avant de venir finir des jours heureux avec les carpes. Piquets jaunes ou piquets rouges, la confusion persiste et signe un travers supplémentaire de Musard : sa connaissance très imparfaite, c’est à dire approximative, des règles de golf. Il s’ensuit des pourparlers interminables avec son marqueur. Et pour nous derrière, rebelote pour l’attente piaffante, crispante, urticante et gonflante. Ce n’est plus un retard de dix minutes mais déjà de quinze sur l’horaire. Grrrrrr ! Au bout de deux trous seulement ! « Calmons-nous, ce n’est qu’un jeu après tout ! » lance l’un de mes compagnons d’impatience. Plus facile à dire qu’à faire, Prosper ! Cahin-caha, Musard progresse (pas dans son jeu) mais dans son parcours du combattant. Même s’il joue en stableford, il ne s’arrête de jouer qu’une fois la balle dans le trou. Faut-il qu’il soit arrivé à douze coups pour se décider enfin à relever sa balle ! Quelqu’un pourrait-il lui expliquer quand abandonner le trou* ? Merci d’avance. Notre charmant trio présente bientôt un retard de deux trous francs sur l’équipe qui le précède. Pensez-vous que Musard augmenterait sa vitesse de croisière entre deux coups de golf pour réduire cet écart ? Que nenni ! (encore une réminiscence latine, ma bonne dame) ! Rien n’y fait. Il a cette démarche alambiquée, faite de ces pas alanguis qu’il a travaillé avec la Légion Etrangère pour les parades militaires du 14 juillet. Vous savez ce pas cadencé appelé le Boudin (« Tiens ! voilà du boudin … ») qui est de 88 pas par minute contre 120 pour l’infanterie, 140 pour les chasseurs alpins et même 180 pour le duo infernal théopolitain Ferré-Herbaut (« Bip bip … »). « Ouais, mais la Légion défile toujours la dernière tandis que Musard non ! » rectifie mon poteau de poireau, le plus miné d’entre nous et qui va pas tarder à prendre la mouche (celle-là, seuls, les jardiniers et les potes âgés pourront la comprendre). Musard le légionnaire ! Belle image de bravoure. Pour le moment, c’est nous qui sommes de la revue ! Ce matin, notre Musard du jour se bat contre un toucher de balle précaire voire vicié, irritant pour son marqueur-accompagnateur, contre des choix tactiques que je qualifierai d’ hasardeux et osés, contre une poisse évidente (le fameux « Ben, aujourd’hui, j’ai vraiment pas de pot ! »). Bref, rien ne va comme il l’avait envisagé à l’échauffement lorsqu’il tapait quelques magnifiques balles aux trajectoires splendidement maîtrisées. Ce qui s’assimile à du gaspillage comme le disait Walter Hagen : « Quel dommage de perdre ces coups fabuleux au practice ! » Aujourd’hui, Musard retrouve son vrai handicap, qui comme l’écrit Pierre-Michel Bonnot (déjà cité) est un « système de cotation des valeurs extrêmement élaboré, permettant à tous les styles de joueurs de se côtoyer sur un parcours, les faux modestes qui minimisent le leur dans l’espoir de rafler les lots minables de compétition d’intérêt cantonal, comme les vrais hâbleurs qui gonflent le leur dans l’espoir sans cesse déçu de putter plus haut que leur culte. A noter qu’on utilise désormais le terme d’index, plus commode pour montrer les tricheurs du doigt. »

* En stableford, pour marquer des points, il convient de compter comme suit : le par + 2 coups + coups rendus. Exemple : par 4 avec 2 coups rendus, à 8 je relève car je ne marque plus aucun point … et je fais gagner du temps à ma partie.

A suivre…

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