Le billet de Jean : peintures sur soi.

Métiers d’avenir (2).

Après l’art de la capillisculpture de mon dernier billet, envisageons un deuxième volet des métiers d’avenir, celui de sérigraphiste-tatoueur pour sportifs (ou sportives, hélas, elles s’y mettent aussi) qui passent allègrement des frasques aux fresques pour épater la galerie des badauds qui les badent.

Cet art pariétal appliqué sur le corps aurait beaucoup plu à Cro-Magnon qui doit regarder avec beaucoup d’admiration cette orgie de tags cabalistiques qui illustrent l’histoire de l’individu mêlant, tout à la fois, le prénom d’une première dulcinée en passant par ceux de sa progéniture, le tout délayé dans des motifs pseudo-tribaux à la signification ésotérique.

      

Du classique et ancestral tatouage monochrome, on est passé aux tableaux multicolores semblables aux peintures enfantines de la moyenne section de maternelle : une invraisemblable planche à l’esthétique très particulière dans laquelle l’artiste ne gouache pas son plaisir. Bras, torses, cuisses, mollets, cous, tout est toile pour cet art pompier.

Toutes les disciplines sont contaminées, du foot au basket en passant par le rugby ou la natation. Des exceptions ? La gym paraît échapper à cette folie picturale, la beauté s’y exprimant ailleurs, dans l’expression de la grâce corporelle et non dans la vulgaire peinture sur soi et le golf semble lui aussi épargner pour l’instant, le Royal et Ancient de St. Andrews veillant au grain : « pas de grain de folie sur grain de peau ».

L’histoire nous enseigne que les sportifs n’ont pas la primauté de la gravure hypodermique. Le tatouage est millénaire et universel, des marins aux détenus en passant par les soldats et les maffieux. Mal être identitaire, besoin de reconnaissance et d’appartenance à un groupe, besoin de susciter le regard d’autrui, de ne plus passer inaperçu, d’être différent sont autant de significations qui décodent le gravage douloureux du cuir. C’est littéralement « être mal dans sa peau ». D’ailleurs la psychanalyse interprète le tatouage comme un paradoxe : l’exposition d’une scène privée livrée au public. « Les marquages du corps sont le miroir de l’intériorité, des sentiments, de la souffrance de l’individu qui écrit sur son corps comme il pourrait le faire sur une ardoise » écrit la psychanalyste Evelyne Ridnick.

Mazette ! Nos sportifs se trimballent un paquet de névroses alors. De là à ce qu’ils fassent de l’agoraphobie et qu’ils refusent de descendre du bus avant la compétition… Belzébuth sort de ces corps immédiatement !

Et si ce n’était qu’une histoire d’embellissement de sa carrosserie d’origine ? Un tuning personnel pour enjoliver la caisse de base héritée du patrimoine parental. Un tatouage comme bijou d’ornement, un petit plus qui devient talisman ? S’il est, en plus, caché dans un endroit secret, intime, l’érotisme n’est alors pas très loin. Le désir naît dans le dissimulé, l’esquissé, le masqué. L’exhibé, le déballé ou l’imposé sont excès. Trop c’est trop et trop c’est laid !

Bah ! Tout ceci doit être perçu et interprété comme un moment de partage et d’échange interculturel, interpersonnel voire inter-générationnel dans la mesure où, comme l’on dit en parlure du Berry : « Tout ce qui est à toué, est à moué ! ». CQFD.

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