Compétition de classement

En ces dimanches de compétitions dites de classement, il est sage de se rappeler ce billet de Jean, d’il y a quelques années, intitulé « Le golf ou l’art de faire compliqué ». A savourer et méditer en souriant. Après tout, ce n’est qu’un jeu.

Le golf ou l’art de  »faire compliqué ».

            Notre parcours du Val de l’Indre vient d’être étalonné à nouveau. Une équipe de spécialistes, tout à la fois géomètres et mathématiciens, a sillonné, mesuré, arpenté et évalué le nombre de chausse-trappes du parcours, la largeur des allées, la profondeur des verts, la densité des herbacées et la verdeur des arbres des bois. Puis, ils ont rentré tous ces chiffres dans un logiciel adéquat appliquant LA formule magique issue d’un calcul savant complètement ésotérique à nos cerveaux ignares. A ces critères objectifs, ils auraient pu y ajouter des choses plus absconses comme l’humeur du greenkeeper à tondre ou faire pousser les roughs, la pluie fine et le vent d’aujourd’hui ou mon toucher de balle catastrophique du jour. Il en est résulté un chiffre brut diminué derechef de celui de la granulométrie du sable des bunkers tout aussitôt augmenté de la circonférence du cèdre du trou n°9 mais pondéré par la profondeur moyenne de la Trégonce, pour enfin sortir quoi ? THE chiffre fatidique, le fameux slope du parcours : un chiffre à géométrie variable indexé sur la couleur des boules de départ. Bref ! un machin incompréhensible pour le Clampin moyen (vulgum pecus) que je suis (je ne voudrais pas m’avancer pour chacun des lecteurs de ce billet). Si vous ajoutez à ce charabia, le SSJ (score scratch du jour) qui est la résultante du produit scalaire du degré hygrométrique du jour de la compétition pondéré par le nombre de golfeurs du jour n’ayant que très peu pestés contre les traces de pas dans les bunkers ou le jeu extrêmement lent de la partie de devant ou l’incongruité du placement de certains drapeaux dans les pentes, vous aurez immédiatement une pâle idée de l’évolution potentielle de votre index. Et quand un béotien golfique, ignare de toutes ces subtilités, vous sollicite pour savoir pourquoi celui qui a fait le meilleur score n’a pas gagné car les résultats sont donnés en net, vous tournez piteusement les talons pour esquiver des explications sophistiquées et/ou tarabiscotées.

Ces machins par trop compliqués, ce slope associé au SSJ, reéinterprétés par une compétition jouée en stableford conformément au nombre de points rendus en fonction de son index (d’ailleurs,  »autrefois »on disait  »handicap » ce qui était une façon claire de parler de son incapacité, de sa maladresse à jouer le score idéal) ne sont pas ma réalité conceptuelle du golf. Un parcours par 72 reste et restera l’addition de tous les bons coups à réaliser et si j’ai joué 90, cela voudra dire que j’ai fait dix huit coups de plus que la carte idéale, point-barre. Inutile d’aller chercher des excuses, des faux-semblants, des faux-fuyants du style « Ouais, mais ramené à mon handicap… gna… gna… gna… » La réalité du score est celle du stroke-play, le vrai décompte de tous mes coups, les meilleurs additionnés de toutes mes cagades. Le reste n’est que pommade étalée au bar pour atténuer le rougissement penaud de mes joues directement imputable aux coups peu glorieux qui ont émaillé mon parcours. Il faut apprendre à porter son fardeau, le fameux 12 sur le trou n°2, pour apprendre à serrer les boulons pour le reste de la partie et non pour se disculper en balayant d’un revers de main avec ce fameux refrain : « Je fais une croix ». Certainement sur toutes ses illusions et ses certitudes d’apprenti-golfeur. Bien sûr, on me répondra qu’il ne faut pas décourager les débutants, qu’il faut les classer rapidement et patati et patata. Soit, j’admets les arguments. Mais, comme l’écrit Pierre-Michel Bonnot (« Il est fort ce zéro », Ed. Prolongations) : « Quatre-vingt-dix : soit les soixante douze coups du par dogmatique, auxquels s’ajoutent dix coups de souffrance ordinaire pour former la barrière chiffrée symbolique qui sépare le « bogey-player » résigné du dangereux maniaque des fairways. Synonymes : jouer dix-huit, réussir sa vie, mourir heureux. » Par ailleurs, les puristes du golf me rétorqueront que le vrai esprit de la compétition du golf est le match-play, le un contre un. Ok, je suis d’accord : moi contre le parcours. CQFD.

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