Après le musard, voici le hussard !

Bien sûr, après avoir lu mes billets sur mister Musard, tous les grognons et autres grands-croix du cercle peu fermé des grincheux en tous genres tanneront le cuir de mon gant synthétique en me défiant de faire un billet sur le joueur… rapide. Top là camarades branlant de la coxo-fémorale et de la tibio-tarsienne réunies ! Je ne recule pas devant le défi. Le gant est relevé (facile, je n’en porte pas pour jouer).

Si Musard étend son territoire (« Hé oui, souvent le musard règne ! » J’en souris, merci David pour cette saillie, cette musardise exquise), il existe encore une espèce d’homo golficus qui défend vigoureusement sa niche écologique : je veux parler d’homo golficus rapidus, classé hussardus dans la nomenclature darwinienne. C’est le joueur hussard. Souvent aperçu en solitaire mais capable de se déplacer en escouade de trois ou quatre unités, plutôt athlétique et racé, rarement chauve car hâtif, il se repère aisément : il n’a pas de chariot. Il porte son havresac en bandoulière et sa marche ressemble plus à celle du chasseur alpin fuyant l’avalanche que de celle du mycologue à la recherche de coucoumelles voire à celle de madame Michu les jours de solde rue Victor Hugo. Il fond sur vous comme l’émouchet sur le campagnol. Personne derrière vous et paf ! le hussard, surgi de nulle part, est là. Il vous guette, attend, s’impatiente, observe vos frappes de roquettes artisanales. Vous semblez même lire un rictus de morgue sur son visage quand votre balle s’enfuit pour se planquer dans les chachis. Il ne vous lâche pas les baskets et vous colle aux basques. Vous suspectez un regard moqueur quand vous êtes à l’adresse. Vous l’entendez même soupirer devant vos hésitations. Il prend des poses, se racle la gorge au cas où vous ne l’auriez pas vu, toussote, chuchote ou sifflote, le regard innocemment levé vers les étoiles, l’air de rien. Votre fusée tout juste mise à feu, vous voyez sa balle, au mieux rouler à quelques mètres de votre charrette, au pire filer dans vos Footjoy bicolores achetées en solde sur internet. Il lève la main en signe d’excuses, l’empaffé ! Bref ! il vous énerve. Qui est-il donc ce speederman des prairies qui sourit de vos toiles ? Est-il appelé à régner ?

L’étymologie renseigne déjà fortement quand elle énonce que hussard signifie : « militaire d’un corps de cavalerie légère.» Ah ! La cavalerie légère ! La trompette sonnant la charge, le combat ultime, la déroute des Mexicains, des Prussiens, Custer, Davy Crockett, Bernadotte, Napoléon ! Belle iconographie ! Mais je m’égare… d’Austerlitz ou Fort Alamo aux parcours de golf, il n’y a pourtant qu’un pas… de tir ou de charge, des attaques de green, des balles perdues, des drapeaux à planter, un honneur à défendre et même une possible mort subite ! Sur ces deux scènes où un drame se noue, le champ de bataille peut devenir un chant d’honneur d’où émerge un soleil radieux de victoire ou peut s’étioler en morne plaine waterloosienne où flottent les illusions perdues de la défaite. Note de l’auteur : il y a confusion grave à confondre un hussard avec un bachibouzouk. Celui-ci était un mercenaire de l’Empire ottoman. Cavaliers sans formation militaire, ils ne portaient pas tous le même chapeau d’où leur nom (basibozuklar qui signifie « tête non standardisée »). Qu’il soit bien dit qu’un hussard n’est pas un bachibouzouk ; inutile d’emprunter ce juron au capitaine Haddock quand surgit ce gonze derrière vous.

Revenons à nos ovins ! Je disais donc que certains golfeurs sont de véritables hussards. Hélas ! C’est une espèce en voie d’extinction. Il est aisément compréhensible qu’ils ne peuvent lutter à armes égales contre les espèces prothésées qui hantent les parcours, espèces à préserver et à sauvegarder. Des joueurs bioniques aux multiples pièces de rechange comme des hanches en plastoc, des genoux en inox, des dos en vrac ou d’autres pathologies inhérentes aux musards standard de base auxquelles je peux rajouter une cervicalgie chronique bridant la rotation du cou et empêchant de regarder en arrière, ou une myopie persistante brouillant la vue du piaffer irrité des chevau-légers en attente derrière eux… j’en passe et des moins universelles. « Qu’est-ce à dire Jeannot ? Tu te moquerais des rafistolés et autres valétudinaires du parcours. Ce n’est ni très charitable ni très glorieux mon cher ! » m’entends-je invectiver. Veuillez m’excuser de mal me faire comprendre. Je ne moque pas. Je dresse un constat. Quand certains se promènent au gré des pérégrinations d’une petit balle blanche aux comportements erratiques, avec une visée hygiéniste louable et recommandée par le corps médical, d’autres font du sport au sens strict et étroit du concept à savoir : « Le sport est un système de compétitions organisées dans un temps autonome (calendriers) et dans des espaces urbains structurés (stades, piscines, gymnases …) permettant à ceux qui s’y sont engagés et spécialement préparés, de réaliser une prouesse ou de rechercher une performance individuelle, dans la comparaison (et/ou la confrontation avec les autres) ; ce sont là des productions « athlétiques », des « résultats » et des « records », réalisés dans des conditions définies (normalisées, standardisées) auxquelles les adeptes du sport accordent de la valeur et auxquelles le public trouve du sens. »(Christian Pociello in « Sports et sciences sociales » 1996). Cette définition (trop étroite, j’entends déjà vos commentaires persifleurs) ne se marie que très difficilement avec celle de la Charte du Conseil de l’Europe (2000) qui dans son article 2 élargit la notion : » On entend par sport toutes formes d’activités physiques qui, à travers une participation organisée ou non, ont pour objectif l’expression ou l’amélioration de la condition physique et psychique, le développement des relations sociales ou l’obtention de résultats en compétition de tous niveaux. » Voilà ! C’est là que le bas blesse comme on dit chez Dim ! Certains golfeurs sont trop européens convaincus dans l’âme tandis que d’autres sont des sportifs indécrottables. Tandis que quelques uns s’aèrent les gambettes, respirent le bon air de la campagne, retrouvent les copains pour une partie de croquet, tricotent des relations sociales, d’autres luttent contre le par, marchent d’un pas assuré et fier, veulent descendre leur index, s’escriment à conquérir un Graal toujours plus loin repoussé. D’un côté la récréation, de l’autre la régulation, l’amusement contre le classement, le dilettantisme contre l’ascétisme, le décor contre le score, le sénateur flâneur contre le jouteur gagneur ! Y aurait-il incompatibilité entre ces deux genres de golfeurs ? Nullement, si et seulement si les promeneurs et autres déambulateurs légitimés par une pratique de santé reconnue par l’Académie de médecine s’instruisent des écrits du Royal et Ancient qui parlent de cadence de jeu (Les règles de golf, section I Etiquette) : «  Les joueurs devraient jouer à une bonne cadence… Il est de la responsabilité d’un groupe de joueurs de conserver l’intervalle avec le groupe précédent. Si un groupe a un trou entier de retard par rapport au groupe précédent et retarde le groupe suivant, il devrait inviter ce dernier à passer quel que soit le nombre de joueurs composant ce groupe. Lorsqu’un groupe n’a pas un trou entier de retard mais qu’il est manifeste que le groupe suivant pourrait jouer plus vite, il devrait inviter à passer le groupe qui est plus rapide. » (c’est moi qui souligne). Il n’y a aucune espèce de déshonneur à laisser passer Marathonman ou Forest et sa bande, aucun discrédit à faire signe de passer quand il est manifeste que, depuis quelque temps, déjà Usain Bolt piétine d’impatience sur le tee de départ. Tout Quickman qui se respecte se fera un plaisir de vous montrer sa maîtrise des trajectoires, vous adressera un « merci » sincère et s’éclipsera aussi vite que vous ne l’aviez pas vu venir. « Ciao, l’ami, rendez-vous au bar pour le partage d’une bolée de houblon ! »

De la courtoisie, de la sociabilité, du savoir-vivre, voilà ce que les dénommés Musard et Hussard devraient arriver à laisser s’exprimer pour le confort de chacun d’eux. Car, finalement, quand Hussard s’est éclipsé en deux minutes tel Bellérophon sur Pégase, Musard peut reprendre sa sortie champêtre, à son rythme, jusqu’au prochain Hussard pointant le nez de sa monture. Mais je caresse peut être une Chimère ! (sans référence mythologique, il va y avoir de la déperdition sur ce passage culturel). Si comme l’a écrit Charles Rosin, « le golf n’est pas un jeu, c’est un mode de vie », affichons ouvertement notre affabilité pour la plus agréable des convivialités.

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