»Respect sensei ! »
Le judoka indrien Daniel Beaufrère vient d’être récemment intronisé 7ème dan par ses pairs. Il en a pris pour son grade (shichi-dan) symbolisé par la fameuse ceinture rouge et blanche. Le voilà authentifié véritable »sensei » (maître en japonais). Comment définir Daniel ? Grattons sous l’épaisse écorce, exercice qui ne cèdre pas à la facilité. Séquoia une diversité d’essences raffinées pour l’évoquer. C’est un chêne massif qui a pris racine dans la discipline, il y a quelques décennies déjà. Non pas le chêne, car quand on sait que ses fruits sont les glands, ce serait irrespectueux pour tous les élèves qu’il a instruits de son savoir. Peut être un peuplier ? Non, au contraire, c’est le style buste droit, tête haute et regard franc. Sûrement pas un noyer car c’est un maître-nageur bien gaulé. Pas plus qu’un érable palmé parce qu’affronter l’eau, ce lâche adversaire fuyant sa prise, est pour lui et sa densité de char d’assaut, une lutte permanente. Un mélèze alors? C’est ça, Daniel est un grand mélèze, bien charpenté, très futaie que tu évites d’appeler »vieille branche ». Un tronc de sycomore incarné sans aucun doute pour illustrer le colosse indéracinable qui plantait des ippons sur le tatami. Un tremble ? Pas lui non, mais l’adversaire qu’il affrontait »bille en tête » avant de lui infliger une volée de bois vert. Il y a une branche de cyprès dans sa proximité sincère, son abord simple et sa disponibilité. Ajoutez-y un brin de charme pour sa discrétion naturelle, son parler doux et fraternel. C’est aussi un partisan du bouleau, toujours à travailler sans relâche, car il a toujours su que bûcher finit papayer. Quelques boutures d’acacia qui font que, quand on s’y frotte de trop près, on s’y pique fort. Sans oublier quelques rameaux de châtaignier ou de marronnier d’Indre (salsepareille ou presque) pour se castagner avec les bogues de la vie quotidienne. Jamais saule pleureur dans son coin quand l’adversité lui filait un sacré coup de buis. Il sait d’houx il vient et houx il va. Et quand il tient le bambou, il ne le lâche pas facilement. Maître Daniel honore le judo en incarnant toutes les valeurs du code moral de cet art martial. C’est un hêtre exceptionnel dans sa passion pour sa discipline et dont la sincérité n’égale que le contrôle de soi, toujours poli et modeste, respectueux des autres, partageant son amitié sans arrière-pensée, au courage reconnu par tous. Mais à l’aulne de toutes ces années, pas question que tu t’endormes sur tes lauriers ou que tu frênes ton engagement de grenadier du judo : tu persévères dans ton investissement de formateur au sein de la fédération de judo. Yucca plus qu’à fêter ton exceptionnel rang de kyoshi (maîtrise intérieure) en partageant une coupe de houblon à défaut de servir un liquidambar.
»Respect sensei ! » De la part d’un modeste »sho-dan » (1er dan).