Le billet de Jean : la stratégie de jeu.

             Un grand nombre de golfeurs aborde le parcours la fleur au bout du club et s’étonne du coté affligeant de leur score en fin de partie. Le pilote d’avion décolle-t-il sans plan de vol ? Le skipper transatlantique pointe-t-il l’étrave de son bateau sans esquisser un cap ? Pourquoi le golfeur affronterait-il un parcours de golf sans un minimum de stratégie ? Les dessins (desseins) des trous sont-ils identiques ? Les obstacles sont-ils placés aux mêmes endroits ? La réponse coule de source comme dirait Manon. Alors comment faire ?

En plus de la connaissance fine de ses qualités techniques propres, il faut que le joueur admette le niveau réel de son jeu : ne pas se mentir sur ses possibilités et envisager le parcours avec un plan de bataille qui corresponde à ses moyens. C’est-à-dire bâtir un projet  de jeu, trou par trou, pour ensuite comparer le résultat obtenu avec le résultat escompté sans faux fuyant, en toute objectivité, à tête reposée. Sans plan de combat, pas de débriefing sérieux et instructif.

NB : Je précise cependant que si le golfeur est très irrégulier dans ses frappes de balle, la stratégie lui est aussi utile qu’un colorimètre pour un daltonien ou un cerveau pour un joueur de foot sélectionné en EDF. D’où la nécessité de peaufiner sa technique (conforter ses points forts et tenter d’améliorer ses points faibles au practice).

Alors cette stratégie ? Patience, je m’explique.

18 trous = 18 occasions de se faire croquer par le parcours. Si vous y ajoutez la fatigue, le constat à l’arrivée est souvent sévère : la frustration gangrène le mental du golfeur et la vente des clubs se profile à l’horizon.

Aborder le trou n°1 de la même manière que le trou n°5 est ballot car :

1/ le trou 1, aurait dit monsieur de La Palice, est le premier trou de la journée,

2/ on ne les joue pas tous dans le même état d’esprit,

3/ ils ne se ressemblent pas dans leurs difficultés, …

C’est pourquoi, avant la compétition, il faut prendre le temps d’établir un plan stratégique basé sur sa connaissance fine de ses moyens techniques. (En compétition extérieure, c’est « la reconnaissance » du parcours, à jouer le lendemain, qui permet de déterminer où se situent les pièges, les zones à risques ou les zones à privilégier).

La stratégie peut se définir comme « l’ensemble des actions coordonnées, des opérations habiles, des manœuvres en vue d’atteindre un but précis. » Cette stratégie est mis au service d’une tactique qui est « la technique pour appliquer une stratégie définie qui combine, en vue d’un maximum d’efficacité et en fonction des circonstances, tous les moyens et formes de frappe utilisables. »

Connaissant la cartographie du parcours, le joueur peut tenter d’imaginer là où il est préférable d’envoyer sa balle, d’où le choix du club pour y parvenir. En filigrane, il doit envisager également le coup suivant et ne surtout pas se mettre en difficulté pour l’exécuter. En effet, rien ne sert de se mettre dans un bunker si on a les pires difficultés à en sortir, mieux vaut viser largement à côté. Ainsi, de trou en trou, le joueur « stratège » tente  d’anticiper sur son jeu à venir en construisant des trajectoires vers des zones de sécurité.

Ce système est d’autant plus vrai que la formule de jeu adoptée est le « stableford ». C’est comme si le parcours nous donnait des coups supplémentaires sans le commentaire désobligeant : « Comme t’es pas très fort, je te donne quelques points d’avance ! » Imaginez que le parcours me donne deux points de plus pour le trou n°1. Mon par est devenu six et non plus quatre. J’ai donc quatre coups pour atteindre le green. Alors pourquoi prendre le driver pour slicer dans la rivière ? Quatre cents mètres divisés par quatre font cent mètres, n’est-il pas ? Si j’utilise un fer 7 pour faire cents mètres, j’essaie donc de le taper quatre fois correctement pour atteindre le green. Avec deux putts, j’aurais atteint mon challenge du départ. Je ne jouerai mon driver que lorsque son pourcentage dans la réussite de mise en jeu sera satisfaisant. Encore des exemples ? Au trou 8 : ne vaut-il pas mieux, faire trois frappes de fer 6 pour espérer être sur le green, qu’une seule frappe de bois pour y entrer avec force et profondeur et peiner à en sortir ?

L’attaque du green du trou n° 18 doit-elle être directe au risque de se mettre dans l’eau ou ne peut-on pas tenter de planter le drapeau en trois avec un fer court pour tenter conclure par un par ou au pire par un bogey ?

Ainsi, de trou en trou, le joueur envisage le déroulement de son score. Avec un peu de réussite, il peut améliorer son index ; s’il rate un objectif, il l’oublie momentanément et se re-concentre sur les coups à venir en pensant à la stratégie propre des trous suivants.

Les meilleurs joueurs sont ceux qui, d’une part, ont la faculté de savoir ce qu’ils veulent faire et se donnent les moyens techniques et tactiques d’y parvenir, et d’autre part, ont la faculté d’oublier les mauvais coups réalisés pour se focaliser sur ceux qu’il convient de construire pour la fin du parcours. L’amnésie est utile durant le parcours !

Ruminer sa frustration est le meilleur moyen de plomber sa carte de score.

Et si vous persévérez dans vos errements, méditez longuement l’aphorisme de Mike Seabrook :« Le golf crée une dépendance épouvantable, incontournable. Il semblerait que ses adeptes soient prêts à braver les distances par tous les temps, et traîner un sac énorme, encombrant et terriblement lourd, pour poursuivre une minuscule balle, fort onéreuse qu’ils envoient avec enthousiasme quelques centaines de mètres plus loin, dans un trou de la taille d’un verre de bière. S’il y a mieux pour nous convaincre de l’aliénation fondamentale de la race humaine, je n’ai pas trouvé. »

Allez ! Bonnes vacances ! On se retrouve à la rentrée ! Bon golf à tous !

 

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