Le billet de Jean : « Allo, le 15 ? Il y urgence… »

Allo, le 15 ? Il y a urgence…

          Cartouche, caramel, tampon, bouchon, autant de qualificatifs imageant les placages appuyés, virils mais corrects du rugby. Groggy, affalé les bras en croix, le nez dans le gazon,  »plus de son, plus d’image » pour le joueur, résultat possible et occasionnel de son engagement dans un combat toujours rugueux. Hier, l’éponge miracle du soigneur redonnait vigueur et fougue pour repartir au charbon, au mastic, à la meule comme on dit dans le jargon. Mais, le rugby pro est passé par là. D’un jeu d’évitement comme l’écarteur de la course landaise esquive la vache, le rugby s’est mué en jeu de collisions  »bille en tête », type défi de bisons pas futés, dans lequel le télescopage prime sur la feinte et l’art du contre-pied. Les carambolages des gabarits actuels, carrossés comme de véritables frigos américains, sont alarmants notamment dans les rucks, ces zones de déblayage où les commotions cérébrales deviennent délétères. « Il y a vraiment eu une évolution au niveau des chocs. On entend des trucs assez violents sur les terrains. Ça fait plus de bruit. Aujourd’hui, tu sais qu’il ne faut pas trop se relâcher quand tu vas péter, ou même après une passe, parce que tu les sens passer, les cartouches. » déclarait récemment le basque Harinordoquy. L‘annonce des pathologies neuro-dégénératives graves de deux anciens piliers du XV de France (Dal Maso et Delpuech), font froid dans le dos et alertent sur les effets retardés des KO répétés sur l’intégrité physique des pratiquants. Rappelez-vous les images poignantes de Mohamed Ali, le geste tremblotant, la torche olympique vacillante, alors qu’il tentait d’allumer la vasque des Jeux d’Atlanta 1996. La démarche chancelante gommait avec effroi le jeu de jambes légendaire du meilleur poids lourd du siècle, terrible contraste entre l’élégance du boxeur d’hier et son corps miné par Parkinson.

Se caparaçonner le châssis en soulevant des tonnes de fonte au quotidien, OK ! Mais la cafetière, avec son ordinateur central, est la seule partie du corps qu’on ne peut muscler. Dans les chocs, la cervelle fait des loopings en percutant les parois du bocal, les neurones clignotant alors comme des guirlandes de Noël. Les courts-circuits font bugger les logiciels. Bilan : plus d’abonné au numéro demandé. « Je n’ai jamais eu un rugby d’évitement… Je ne compte plus les matchs que j’ai fini sans connaître le score ou encore sans savoir où je campais. » avoue Delpuech, dit  »le sanglier ». Ces dernières années, les cas de joueurs de rugby frappés de troubles qu’on pensait réservés aux boxeurs, footballeurs américains ou hockeyeurs se sont trop multipliés : tremblements, paralysies, troubles de la vision et de la mémoire, dépressions…

SOS rugbymen en danger ! Allo, le 15 ? Il y a urgence à changer quelques règles pour éviter le poids des maux à de futurs  »très, très vilains vieux ».

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