Le billet de Jean

Dimanche, c’est l’ouverture !

Comme ses collègues pêcheurs à la truite et chasseurs de palombe, Victor Dutaillis, golfeur accro à la compèt, détaille le calendrier dans l’attente fébrile de la date fatidique. Il est dans ses petits souliers bicolores car dimanche prochain marque l’ouverture officielle de la saison, comme dans tous les golfs du Berry. C’est la pêche aux birdies  et la chasse aux eagles, c’est à dire cette quête casse-tête pour scorer sous le par, Graal mirifique inespéré. Après l’inclémence de la météo berrichonne, bien trop fraîche pour le port du bermuda, rendant les parcours trop souvent incommodes, le golfeur dominical reconquiert ses droits de jeu. Le printemps arrivant, le fringant et élégant impatient reprend son passe-temps à plein-temps. Quand la lapine coquine trémousse son petit derrière blanc dans le blé naissant, quand la perdrix amaigrie piète dans le guéret couvert de rosée, quand le canard mignard attire sa rosière dans la roselière, le golfeur lustre ses cannes, cire ses pompes, marque ses balles, épointe ses tees, graisse les moyeux des roues de son chariot, taille son crayon de bois. Victor est prêt à en découdre sur son parcours favori qui lui a fait tant de misères l’année dernière. Car cet hiver, il s’est forgé une âme de guerrier. Il ne va plus plomber sa carte par des trous catastrophiques, au score lourd et sombre comme un ciel d’orage. Il a pris le temps de méditer sur sa saison cahoteuse de l’an passé. Il a changé ses clubs d’épaule. Pour cela, il a pris une palanquée de cours avec l’enseignant du coin pour rebâtir son swing de fond en comble. Victor a étudié son livret de règles pour éviter d’additionner des coups de pénalité infligés après s’être bêtement avantagé quand il était en difficulté. Il a relu tous les bouquins qui dissèquent la technique de Tiger Woods. Il s’est élaboré une stratégie de jeu pour aborder chaque trou avec méfiance et assurance. Finies les attaques de drapeau imprudentes se terminant dans l’eau ou s’égarant dans les hautes herbes injouables. Enfin, il s’est plongé sans retenue dans « L’approche mentale du golf pour les nuls », ce qui lui a fait méditer ces aphorismes, l’un du grand joueur Byron Nelson : « Les seuls coups dont vous pouvez être sûr du résultat sont ceux que vous avez déjà joués » et l’autre du journaliste Grant Rice : « Le golf, c’est 20 % de technique et de mécanique, les autres 80 % sont un mélange de philosophie, tragédie, romance, mélodrame, amitié, camaraderie, contrariété et conversation. » 2015 sera l’année du renouveau de Dutaillis.    Saint Andrews, prenez-le sous votre aile !

Billet paru dans « Humeur de Jean », Echo du Berry du jeudi 8 avril 2015

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